Bots on the Ring (Krafsht / RTMKR)
Bots on the Ring (Krafsht / RTMKR)

Internet ne dort jamais. À chaque seconde, des milliers de programmes automatisés — qu’on appelle communément des « bots » ou robots — parcourent le web en silence, analysent, indexent, aspirent. Ils s’appellent Googlebot, Bingbot, GPTBot, SemrushBot. Ils travaillent pour les moteurs de recherche, pour les intelligences artificielles, pour les outils d’analyse SEO. Leur activité est invisible, souterraine, et pourtant omniprésente.

C’est à partir de ce constat que Krafsht, en collaboration avec RTMKR, a imaginé bots.krafsht.com : une page unique, minimaliste et esthétiquement radicale, qui rend visible l’invisible. Un outil de visualisation en temps réel du trafic robotisé sur leurs propres projets web — conçu non pas comme un tableau de bord froid, mais comme une œuvre visuelle à part entière, directement inspirée de l’esthétique du film Matrix.

Un contexte : l’explosion du trafic bot

La montée en puissance des intelligences artificielles génératives — ChatGPT, Claude, Mistral, Gemini — a radicalement changé la nature du trafic web. Là où les robots de moteurs de recherche existaient depuis les débuts du web pour construire des index, une nouvelle vague de crawlers est apparue, mandatée par des LLM (Large Language Models) avides de données d’entraînement et de mise à jour.

OpenAI aspire avec GPTBot. Mistral envoie ses propres agents. Anthropic crawle avec ClaudeBot. Le trafic robotisé représente aujourd’hui, selon certaines estimations, plus de la moitié du trafic global sur internet.
Pour les webmasters et les agences digitales comme Krafsht, comprendre qui visite leurs sites — et surtout distinguer les humains des machines — est devenu un enjeu majeur, tant pour la performance que pour la sécurité et la stratégie éditoriale. C’est dans cette réflexion que s’inscrit le projet.

Quand les robots envahissent l’écran

bots.krafsht.com est une page web « one-page » construite en PHP, JavaScript et jQuery, hébergée sur un serveur classique. Son fonctionnement repose sur une mécanique en deux temps, élégante dans sa simplicité :

  • En amont, un script PHP (gobots.php) analyse discrètement le User-Agent de chaque visiteur arrivant sur les projets surveillés. Lorsqu’il détecte une signature de robot connue — Googlebot, Bingbot, Yahoo Slurp, DuckDuckBot, Baiduspider, YandexBot, SemrushBot, AhrefsBot, ou encore des scripts génériques comme curl ou wget — il enregistre l’événement dans un fichier de log journalier. Chaque entrée consigne quatre informations : la date et l’heure de la visite, l’URL visitée, le User-Agent brut du robot, et son nom identifié. Le tout est stocké dans de simples fichiers texte, sans base de données, sans complexité superflue.
  • En aval, la page principale (index.php) récupère les cinq derniers jours de logs, les parse, et injecte toutes les entrées sous forme de tableau JSON directement dans le JavaScript. C’est là que la magie opère : un moteur d’animation canvas, entièrement custom, prend la main.

Inspiré de la fameuse « pluie de code » du film Matrix, le moteur graphique anime sur un canvas plein écran des colonnes de texte qui tombent verticalement. Mais contrairement à la pluie de caractères japonais du film, chaque colonne ici ne représente pas un glyphe aléatoire — elle représente une vraie URL, visitée par un vrai robot, à une vraie date.

Les phrases tombent à des vitesses variables, à des tailles de police aléatoires dans un intervalle défini, et passent par une zone centrale de « révélation » où les caractères brouillés laissent apparaître le texte lisible — permettant à l’œil humain de saisir au vol une URL, un User-Agent, un nom de bot. Un calque DOM superposé au canvas rend même ces URLs cliquables, transformant la visualisation en outil de navigation.

L’esthétique choisie est délibérément inversée par rapport au film : fond blanc, texte sombre. Un parti pris qui renforce la lisibilité tout en s’éloignant du cliché dark-green, et qui colle à l’identité visuelle sobre de Krafsht. Le paramétrage de l’animation est très fin : densité d’apparition, vitesse min/max, taille de police, persistance de la révélation, effet de traînée — tout est configurable, documenté en commentaires dans le code source. La page se recharge automatiquement toutes les 12 minutes pour afficher les logs les plus récents sans intervention de l’utilisateur. La compatibilité prefers-reduced-motion est respectée pour les utilisateurs sensibles aux animations.

À l’intersection de l’art et du monitoring

bots.krafsht.com est ce qu’on pourrait appeler un « data art » fonctionnel : il a une utilité réelle — comprendre l’activité des bots sur ses propres projets — mais il l’enveloppe dans une expérience visuelle et sensorielle forte. Il n’y a pas de tableau, pas de graphique, pas de chiffre froid. Juste une pluie de données brutes qui tombent, se brouillent, se révèlent, et disparaissent.

C’est aussi un projet techniquement humble dans le bon sens du terme : aucun framework lourd, aucune base de données, aucune dépendance externe superflue. Une preuve que l’innovation visuelle n’a pas besoin de complexité architecturale pour exister.

Réalisé par Krafsht en collaboration avec RTMKR, ce projet illustre parfaitement la philosophie de l’agence : donner du sens et de la forme à des données brutes, transformer l’infrastructure technique en expérience humaine, et rappeler — avec une pointe d’humour cinématographique — que derrière chaque site web, la guerre silencieuse des bots fait rage, 24h/24, 7j/7.